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L’assurance santé en Suisse : comment fonctionne le système, comparer les primes et optimiser sa couverture

L'assurance santé en Suisse : comment fonctionne le système, comparer les primes et optimiser sa couverture

L'assurance santé en Suisse : comment fonctionne le système, comparer les primes et optimiser sa couverture

En Suisse, tout le monde paie une assurance maladie, mais peu de gens savent vraiment comment fonctionne le système. Chaque automne, les primes augmentent, les assureurs envoient des offres « optimisées », les comparateurs en ligne se multiplient… et beaucoup finissent par reconduire leur police par défaut, faute de temps ou par crainte de « mal faire ». Pourtant, quelques décisions prises en connaissance de cause peuvent facilement faire varier la facture de plusieurs centaines, voire milliers de francs par an.

Cet article propose un tour d’horizon pratique du système d’assurance maladie suisse, des mécanismes de fixation des primes et des leviers concrets pour optimiser sa couverture, sans prendre de risques excessifs.

Un système obligatoire, fragmenté… et très réglementé

L’assurance maladie de base est régie par la LAMal (Loi fédérale sur l’assurance-maladie). Elle repose sur un principe simple :

Autrement dit, Helsana, CSS, Assura ou une petite caisse régionale doivent rembourser les mêmes traitements pour l’assurance de base. La différence se fait principalement sur :

Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), plus de 60 caisses sont actives dans la LAMal, avec de fortes disparités cantonales. Ce morcellement alimente la concurrence, mais complique la comparaison pour l’assuré moyen.

Ce que l’assurance de base couvre… et ce qu’elle ne couvre pas

La LAMal rembourse « les prestations efficaces, appropriées et économiques » pour autant qu’elles figurent dans le catalogue prévu par la loi. Concrètement, l’assurance de base couvre notamment :

En revanche, de nombreux postes de dépense courants ne sont pas ou très peu couverts par la base :

C’est pour ces besoins que les assurances complémentaires entrent en jeu. Mais avant d’y arriver, encore faut-il maîtriser les mécanismes financiers de la base.

Franchise, quote-part, prime : qui paie quoi, et quand ?

Le coût de votre assurance maladie se compose de trois éléments principaux : la prime, la franchise et la quote-part.

La prime est le montant que vous payez chaque mois à la caisse, indépendamment de votre état de santé. Elle dépend notamment :

La franchise est le montant annuel que vous payez de votre poche avant que l’assurance ne commence à rembourser. Pour les adultes, elle varie généralement entre 300 et 2 500 francs par an. Plus la franchise est élevée, plus la prime diminue.

La quote-part correspond à 10 % des coûts des traitements, une fois la franchise atteinte, jusqu’à un plafond annuel (en général 700 CHF pour les adultes). Au-delà de ce plafond, l’assureur prend en charge 100 % des coûts couverts par la LAMal.

Exemple simple : une personne avec une franchise de 2 500 CHF qui dépense 3 500 CHF de soins sur l’année paiera :

Dans ce cas précis, cette personne a économisé des primes grâce à sa franchise élevée… mais a payé plus de sa poche l’année où elle a eu des frais. La question clé devient donc : quel niveau de franchise est rationnel pour vous, compte tenu de votre état de santé et de votre tolérance au risque ?

Comment se forment les primes, et pourquoi elles augmentent

Les primes ne sont pas fixées arbitrairement par les assureurs. Chaque année, ceux-ci soumettent leurs propositions à l’OFSP, qui les valide ou les corrige. Le calcul intègre :

À cela s’ajoute un facteur souvent sous-estimé : la segmentation des assurés. Les personnes jeunes et en bonne santé migrent plus facilement vers les offres les moins chères et les franchises élevées. Les plus âgés, ou ceux qui ont des maladies chroniques, restent davantage dans des produits plus coûteux. Cette sélection des risques, même encadrée, tend à renchérir les primes sur certains segments.

Les hausses annuelles de primes reflètent donc autant des dynamiques structurelles (progrès médical, vieillissement, hausse générale des coûts) que des choix politiques : niveau de subventions cantonales, catalogue des prestations remboursées, incitations à la prévention, etc.

Comparer les primes : au-delà du « qui est le moins cher ? »

Face à l’augmentation des coûts, le réflexe le plus rationnel est de comparer les offres. Le premier outil recommandé est le comparateur officiel de la Confédération, Priminfo (OFSP), qui ne touche aucune commission et présente les primes homologuées pour tous les assureurs.

Les comparateurs privés, plus visibles dans les médias et la publicité, peuvent aussi être utiles, mais ils ont un modèle économique basé sur les commissions versées par les caisses. Certaines compagnies peuvent être moins mises en avant ou absentes. Mieux vaut donc utiliser plusieurs sources.

Comparer uniquement le prix est toutefois insuffisant. D’autres critères doivent entrer en ligne de compte :

Un exemple courant : un jeune adulte à Genève peut économiser plusieurs centaines de francs par an en passant d’un modèle standard à un modèle télémédecine, chez un assureur légèrement plus cher sur le papier mais plus stable sur cinq ans. La vision pluriannuelle compte autant que le gain immédiat.

Choisir sa franchise de façon rationnelle

Le choix de la franchise est l’un des leviers les plus puissants pour réduire ses primes, mais aussi l’un des plus mal compris.

En simplifiant, une franchise élevée (2 500 CHF) devient rationnelle si :

Un calcul de base consiste à regarder la différence de primes annuelles entre la franchise minimale et la maximale. Si, par exemple, vous économisez 1 000 CHF de primes en montant à 2 500 CHF de franchise, cela signifie que vous acceptez de payer 2 200 CHF de plus de votre poche en échange de 1 000 CHF de primes économisées. L’opération n’est gagnante que si vos frais de santé restent globalement bas sur plusieurs années.

À l’inverse, pour une personne suivant plusieurs traitements chroniques et dépassant chaque année 3 000 ou 4 000 CHF de frais médicaux, la franchise minimale devient souvent plus avantageuse : l’économie de prime ne compense plus le surcoût direct.

Dans le doute, il peut être pertinent de :

Modèles alternatifs : médecin de famille, HMO, télémédecine

Outre la franchise, le choix du modèle a un impact important sur la prime. Les principaux modèles alternatifs sont :

Ces modèles visent à mieux coordonner les soins et à éviter les consultations multiples inutiles. Ils ne conviennent cependant pas à tout le monde. Une personne très attachée à la liberté de choix de ses spécialistes ou vivant dans une région mal desservie en centres HMO peut préférer le modèle standard, quitte à payer un peu plus.

Pour une famille vivant en zone urbaine avec plusieurs enfants, un modèle médecin de famille ou HMO, combiné à des franchises adaptées, peut réduire sensiblement la facture tout en conservant une bonne qualité de suivi.

Changer d’assureur : droits, délais, précautions

Beaucoup d’assurés ignorent à quel point il est simple, juridiquement, de changer de caisse pour l’assurance de base. Les points clés sont les suivants :

Deux précautions importantes :

Une stratégie fréquente consiste à séparer complètement la base (choisie pour le meilleur rapport prix / modèle) et les complémentaires (éventuellement conservées dans une autre caisse, plus ancienne). Ce découplage permet de garder une certaine liberté de mouvement, tout en évitant de perdre des garanties complémentaires difficiles à obtenir à nouveau.

Les assurances complémentaires : utiles, mais à manier avec discernement

Les assurances complémentaires (souvent régies par la LCA, loi sur le contrat d’assurance) couvrent des prestations non remboursées par la LAMal, comme :

Contrairement à la base :

Il est donc souvent plus facile et plus avantageux de souscrire certaines complémentaires lorsqu’on est jeune et en bonne santé. Mais cela ne signifie pas qu’il faille tout accepter.

Afin d’éviter une « sur-assurance » coûteuse, trois questions simples peuvent guider la décision :

Dans certains cas, une complémentaire hospitalière peut être pertinente pour des raisons de confort ou de continuité de suivi. Mais de nombreux produits très marketing (« bien-être », « loisirs ») peuvent souvent être remplacés par une simple discipline budgétaire personnelle.

Anticiper l’avenir : primes, politique et marges de manœuvre individuelles

Les débats politiques autour du système de santé suisse sont récurrents : caisse publique unique, limitation plus stricte des hausses de primes, renforcement de la prévention, ou encore modulation plus forte des subventions cantonales pour les ménages modestes. Aucun de ces chantiers ne produira d’effet immédiat sur la facture du mois prochain, mais ils dessinent des tendances de moyen et long terme.

À court terme, plusieurs évolutions sont déjà visibles :

Dans ce contexte, la marge de manœuvre individuelle demeure limitée, mais réelle. Chaque assuré peut :

Si le système suisse apparaît complexe et coûteux, il offre aussi une certaine flexibilité. En prenant le temps, une fois par an, d’examiner ses besoins réels, ses contrats et les offres disponibles, il devient possible de reprendre un peu de contrôle sur un poste de dépense qui semble, trop souvent, subir uniquement la logique des primes en hausse. À l’heure où les réformes structurelles se négocient sur plusieurs années, cette vigilance individuelle reste l’un des rares leviers immédiats à la disposition des assurés.

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